GAMMA: Vous êtes cernés
La création d’une nouvelle (?) escouade du SPVM ciblant spécifiquement les anarchistes et les « marginaux » nous interpelle. Comme d’autres l’ont démontré avant nous, l’existence d’une police politique au Québec et au Canada est une constante. Que ce soit sous Duplessis, Trudeau ou Charest, le développement de la police va de pair avec la surveillance, le harcèlement et la répression des groupes et des individus pour qui le statu quo équivaut à l’injustice institutionnalisée.
Le Collectif organisant le Salon du livre anarchiste de Montréal, qui regroupe depuis plus d’une décennie des milliers d’anarchistes et de personnes curieuses de l’anarchisme, ne peut rester indifférent face à un tel ciblage politique. Non pas que le Salon du livre comme événement ou comme collectif ait été particulièrement visé, mais bien parce que ce ciblage politique nous en apprend sur la nature répressive de l’État et de sa police.
Lorsque des policiers se présentent au Centre d’éducation populaire de la Petite Bourgogne et de St-Henri, l’endroit où nous tenons le Salon depuis près de 10 ans, cela nous interpelle. Ces policiers qui rencontrent la direction et posent des questions sur les anarchistes ne cherchent pas tant à s’informer mais bien à intimider.
Dans un projet comme GAMMA (Guet des activités et des mouvements marginaux et anarchistes), la police ne réussit qu’à tirer un portrait pour le moins caricatural de « l’anarchiste ». Tant que la police sera police le portrait se voudra une caricature.
Un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire nous rappelle que la police montée canadienne, alors appelée la North-West Mounted Police, a d’abord été créée pour mater la résistance autochtone et imposer la « négociation » de traités. S’inspirant de la Royal Irish Constabulary, la police royale britannique en Irlande, l’ancêtre de la GRC s’avère dès son origine une police politique.
Rappelons-nous les portraits des leaders communistes et anarchistes des années 20 et 30… Des « agitateurs étrangers », des « rouges » à la solde de l’URSS. Un chômeur en lutte : un bolchéviste. Une suffragette féministe : une insoumise. Un homosexuel : un déviant. Des autochtones en lutte : des rebelles. Des anarchistes : des poseurs de bombes. Vraiment, « on ne les voit que lorsqu’on a peur d’eux ». Et d’elles devrait-on ajouter.
Or, ce que nous montrent la panoplie d’organisations et d’individus présents au Salon du livre c’est que la caricature que l’on tente de tirer de nous ne correspond qu’à une réalité partielle. Il est par ailleurs ironique de constater que l’escouade « anti-anarchiste » ait d’abord ciblé des communistes maoïstes qui se gardent bien de s’identifier à l’anarchisme. En fait, GAMMA cible ceux et celles qui contre-attaquent, ceux et celles qui résistent. Les maoïstes ou l’ASSÉ hier, les anarchistes demain.
Pour le SPVM, « l’anarchiste » est jeune, en colère, violent et cagoulé. Oui, des jeunes se réclament de l’anarchisme. Et des « vieux » ont été jeunes. Oui, nous sommes en colère. Violent? Ça dépend de la définition donnée au mot « violence ». Cagoulés? Oui, parmi nous, certains n’hésitent pas à masquer leur visage pour qu’éclate leur colère contre les injustices qui nous entourent : la catastrophe écologique, la propriété privée, l’État et sa police.
Mais, au quotidien, personne ne se promène avec une cagoule sur la tête. Car tous et toutes sont bien trop occupés à faire de l’éducation populaire, à apprendre, à aimer, à partager, à s’organiser. C’est précisément cela que la police et les services secrets ne peuvent pas voir, trop aveuglés qu’ils sont par la recherche d’un suspect.
Venez jeter un coup d’œil à la foule qui participe au Salon du livre et au Festival de l’Anarchie. Vous verrez des familles, des jeunes et moins jeunes, des Francophones, des Anglophones, des écologistes bavardant avec des punks, des collectifs pour la libération de la Palestine et d’autres actifs auprès de prisonniers, des syndicalistes qui en apprennent sur la permaculture, des militantes anti-racistes partageant leur passion du reggae révolutionnaire… Car les « anarchistes » et les « marginaux » c’est tout ça. Nous sommes tout ça et bien plus que ça.
Ce que souhaite GAMMA et les autres polices qui l’ont précédée et lui succèderont c’est de nier cette diversité, c’est d’intimider les centaines de curieux et curieuses qui, sans se dire anarchistes, prennent plaisir à bouquiner des idées radicales. Ce que souhaite GAMMA c’est de nous enfermer dans une image qui ne nous correspond pas.
Le phénomène n’est pas nouveau mais il faut savoir y faire face. Car ce que cherche la police c’est d’affaiblir nos mouvements. Et pour cela rien n’est aussi efficace que la bonne vieille division.
Lorsque les syndicalistes dénonceront les écologistes radicaux, que les étudiants se méfieront des punks et que les anarchistes feront une distinction entre les « bons » anarchistes et les « violents » alors la police aura gagné. Elle nous aura divisés et neutralisés. Elle nous aura cernés.
-Le Collectif du Salon du livre anarchiste de Montréal
Le Salon du livre anarchiste de Montréal a lieu le samedi 19 et dimanche 20 mai à Montréal.
